JOSEPHITES (C.J.)
JOSEPHITES (C.J.)

Un brin de lumière au fond de la nuit.

Fr François Mbiyangandu, originally from the DR Congo and since 2007 a member of our Geraardsbergen (Belgium) community, has recently published his first novel “Un brin de lumière au fond de la nuit”. It is available from Editions de l’Harmattan (www.editions-harmattan.fr) or from Amazon. What follows is a presentation by Fr François of himself and the novel.

Voulez-vous décrire un peu votre situation actuelle et votre vie et apostolat au Congo ?

Après mon ordination sacerdotale en 1978, j’ai travaillé quelques années à Ilebo, au noviciat comme socius d’abord, puis comme maître des novices, tout en m’occupant des fidèles qui fréquentaient ce qui n’était alors qu’une succursale de la paroisse Mamu wa Luse, l’actuelle paroisse Christ-Sauveur. J’ai été par la suite curé à Bulongo, recteur du scolasticat à Kimwenza, supérieur régional… Pendant plus de vingt-cinq ans, j’ai assumé ces tâches de direction confiées par la congrégation en même temps que la formation de la jeunesse à travers mes cours de français, latin et religion, la catéchèse extrascolaire, des enseignements au Philosophat Saint Augustin de Kinshasa, à l’inter-postulat et inter-noviciat de Kimwenza, sans oublier des retraites et récollections dans les maisons de formation des religieuses de cette dernière localité…

Quand la congrégation sollicita la collaboration des confrères africains à la poursuite de l’apostolat de la chapelle de Oudenberg (Geraadsbergen, Grammont), je me suis spontanément pointé comme candidat. C’est ainsi que je suis arrivé à Grammont en 2007 et j’ai été nommé Recteur de la chapelle l’année suivante. Ma nouvelle mission s’inscrit dans une longue tradition qui remonte au temps de notre fondateur, quand ce dernier confia aux Joséphites la chapelle qu’il avait lui-même reçue de son propre père. L’apostolat de la chapelle est demeuré le même, à savoir : garder vivante la dévotion à la Vierge Marie en étant à la disposition des fidèles qui y viennent en pèlerinage ou simplement se recueillir aux pieds de la statuette séculaire de la bonne mère. La célébration quotidienne de l’Eucharistie et la possibilité toujours offerte du sacrement de la réconciliation font essentiellement partie de cet apostolat, tout comme le coup de main que je prête parfois aux paroisses du doyenné de Grammont en est le prolongement.

 

D’où vient l’impulsion d’écrire votre roman ?

Mon intérêt pour la littérature vient de la formation que j’ai reçue au collège et à l’université. Dans l’idéal, tout amateur de livres devrait en écrire à son tour. Mais écrire n’est pas toujours une partie de plaisir. Nul n’est écrivain qui veut et on n’écrit pas seulement pour remplir des pages. En plus des dispositions et de la conviction d’avoir un message à livrer, l’écriture exige un travail régulier et un entraînement qui peut être parfois long. L’écrivain est entièrement engagé dans son œuvre. S’il construit des fictions, celles-ci portent malgré lui des traces de sa propre personnalité et de son expérience. Des souvenirs enfouis dans sa mémoire peuvent surgir spontanément sous sa plume, tout comme ses questionnements intimes et ses inquiétudes, ses espoirs et ses peurs sont mis à contribution, souvent à son insu, par cette part de lui-même qui demeure un mystère et qu’il découvre parfois à sa grande surprise dans l’œuvre accomplie.

Quelle impulsion a donc été à l’origine du roman Un brin de lumière au fond de la nuit (L’Harmattan 2014) ? Peut-être des raisons obscures et lointaines que j’aurais de la peine à décrypter moi-même. De façon plus consciente toutefois, c’est certainement la volonté d’entraîner le lecteur dans un univers particulier, de le mettre au contact des personnages qui y vivent, aiment et souffrent, et de le pousser par-là à la réflexion. Comme je l’ai suggéré plus haut, la complexité de l’acte littéraire est telle qu’il est souvent difficile de démêler ce qui y relève de la volonté et du hasard, du conscient et de l’inconscient. L’auteur ne le peut pas toujours et le lecteur a parfois beaucoup à lui apprendre sur ce sujet. Ce à quoi j’invite en tout cas ceux qui liront ce livre.

 

Voulez-vous donner une courte exposition de l’action de votre roman ?

Il n’est pas aisé de résumer une histoire qui s’étale sur plus de 150 pages. La meilleure façon d’apprécier ce livre est de le lire. En voici toutefois l’essentiel.

Marianne, le personnage principal, raconte sa vie à la demande de sa fille Sarah. Marianne a connu successivement trois hommes, de qui elle a eu sept enfants. Le premier homme, Matumona, l’initie précocement à l’amour et l’abandonne aussitôt qu’elle tombe enceinte. Elle reconnaît sa naïveté, mais assume sa grossesse et, une fois ses enfants (des jumelles) venues au monde, elle les confie à la garde de sa mère pour reprendre le chemin de l’école.

Quelque temps après, elle rencontre un deuxième homme, Robert Kasakala. Ce dernier est un polygame et un séducteur patenté, un coureur de jupons jamais satisfait de ses conquêtes. Marianne va apprendre à ses dépens comme il est difficile à deux femmes de se partager le cœur d’un homme. Bien qu’elle ait eu un garçon de cette relation et qu’elle porte une grossesse d’environ quatre mois, elle quitte cet homme à la suite d’une bagarre avec sa rivale et s’en va chercher refuge chez son frère dans un village de forêt où ce dernier travaille au service d’un colon blanc. Son frère a épousé, contre la volonté de son père, une femme étrangère à sa tribu. Ce qui lui attire une malédiction qui l’empêche d’avoir des enfants. La venue de sa jeune sœur n’a pas apporté le pardon paternel qu’ils espéraient, lui et sa femme. Aussi celle-ci s’en prendra-t-elle à Marianne, laquelle se verra obligée de quitter la maison de son frère. Elle est accueillie par une femme du village, Nicole, qui l’aidera à monter un petit salon de coiffure, de manucure et de pédicure. Mais Marianne veut retrouver Kasakala, ex-mari, père de son garçon et auteur de la grossesse qu’elle porte, non pour redevenir sa femme mais pour qu’il prenne la charge de ses enfants. Elle monte à bord d’un camion sans trop savoir où trouver le bonhomme. Ce voyage pénible se termine à l’hôpital de Bungando où elle accouchera de sa fille Sarah.

C’est à Bungando qu’elle va rencontrer son troisième homme, Bavon Bopa. Celui-ci, infirmier à l’hôpital, l’a beaucoup aidée, non seulement pendant son séjour à la maternité, mais aussi en l’accueillant chez lui après sa sortie. Mais comme il est célibataire et qu’héberger une femme seule va à l’encontre des règles morales d’un hôpital dirigé par un pasteur protestant, il perd son poste. Il demande alors à Marianne de l’accompagner dans son village avec ses enfants. Un nouveau défi se présente pour Marianne, car Bavon veut qu’elle devienne sa femme. Il devra auparavant en convaincre son clan, puisqu’ils ne sont pas de la même tribu. Le mariage est finalement conclu. Marianne donnera quatre enfants à Bavon, toutes des filles, alors que le clan aurait voulu des garçons. Elle ne se croit pas aimée à cause de cela et bientôt elle souffrira d’une maladie mystérieuse, dont elle sera toutefois délivrée grâce à la prière d’un pasteur. Ce dernier lui demande de pardonner à tous ceux qui lui ont fait du malade pour que sa guérison soit totale. C’est alors que l’ex-mari, à la recherche de qui elle était allée quand elle avait accouché de sa fille Sarah, Norbert Kasakala, apparaît tout à coup dans cette assemblée de prière et se jette à ses genoux. Elle lui pardonne, tout comme elle pardonnera à Matumona, l’autre ex-mari et père de ses jumelles, qui s’est invité chez eux le soir-même. Désormais, le pardon sera le maître mot de sa vie. La fin du livre relate le déménagement de Marianne et de sa famille vers un nouveau village où ils comptent refaire leur vie en toute tranquillité. De nouvelles épreuves les y attendent, notamment la maladie de son mari (Bavon) et la perte de tous leurs biens dans un incendie. Marianne montrera encore plus de volonté et de courage pour lutter contre le sort qui, visiblement, la poursuit jusqu’au bout.

Marianne est, à sa façon, une sorte de Mère Courage. Elle souffre, elle pleure et elle lutte. Ni la jalousie, ni la trahison, ni la maladie, ni les désagréments de tous genres qui jalonnent sa vie, rien ne la fait baisser les bras. Elle sait encaisser les coups du sort et toujours sait se relever. A ce point de vue Un brin de lumière au fond de la nuit est un message d’espoir et d’encouragement non seulement pour les femmes qui n’ont pas un sort enviable dans ce roman, mais pour toute personne confrontée aux difficultés de la vie et qui serait tentée de tout lâcher. « On n’est pas seul. On n’est jamais tout à fait seul dans la souffrance. Et puis, il y aura toujours moyen de s'en sortir », dit un personnage de ce livre (p.92). Et pour Marianne qui a retrouvé la foi de son enfance, « croire que l’on n’est jamais tout à fait seul dans la peine et qu’on finira par s’en sortir, c’est le roc à quoi s’accrocher toujours, quoi qu’il arrive ! Oui, la foi, ce brin de lumière au fond de la nuit la plus noire, permet de tenir la route et d’avancer… » (p. 171)

 

 

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